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	<title>Parallaxe &#187; Nouveau Jardin</title>
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		<title>De la salle de bibliothèque aux salons d’études</title>
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		<pubDate>Tue, 23 Dec 2008 11:12:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Valentin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Edition numérique]]></category>
		<category><![CDATA[classement]]></category>
		<category><![CDATA[classification]]></category>
		<category><![CDATA[Nouveau Jardin]]></category>
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		<description><![CDATA[Dans l’élan du dernier billet, il nous faut aborder la question du lien entre la classification des ouvrages &#8211; au travers d’un code pouvant n’être que « virtuel » &#8211; et leur rangement effectif &#8211; en un lieu concret, « matériel ». La question du code trouve en effet toute sa pertinence dans la perspective [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_134" class="wp-caption aligncenter" style="width: 310px"><img class="size-full wp-image-134" title="abcmr_modules_1" src="http://parallaxe.catallaxia.net/wp-content/uploads/2008/12/abcmr_modules_1.jpg" alt="Abcmr, Modules 1, travail préparatoire au feutre, 1998" width="300" height="344" /><p class="wp-caption-text">Abcmr, Modules 1, travail préparatoire au feutre, 1998</p></div>
<p>Dans l’élan du <a href="http://parallaxe.catallaxia.net/edition-numerique/au-dela-du-dewey/">dernier billet</a>, il nous faut aborder la question du lien entre la classification des ouvrages &#8211; au travers d’un code pouvant n’être que « virtuel » &#8211; et leur rangement effectif &#8211; en un lieu concret, « matériel ». La question du code trouve en effet toute sa pertinence dans la perspective d’une organisation physique des ouvrages qu’il s’agit de classer. Une telle organisation peut se structurer en différents niveaux habituels : le ou les bâtiment(s), le ou les étage(s), les salles, les armoires, les rayons de chaque armoire… Tous ces périmètres de recherche respectifs ne pouvant <em>a priori</em> se recouper matériellement les uns les autres. A l’inverse, la structure des champs de recherche dans un catalogue virtuel est plus complexe, et plus simple à la fois. La structure virtuelle est plus complexe en apparence, car elle permet toutes les possibilités de recoupement entre toutes les références (les ouvrages mentionnés) et groupes de références. Cela facilite le travail de classement, car il ne s’agit plus de trouver la place physique à attribuer à chaque référence, et donc faire un choix parfois délicat au détriment d’autres possibles (les places sont restreintes), mais simplement de trouver les mots-clefs à leur accoler, permettant ainsi de trouver des références <em>via </em>un moteur de recherche. Il ne faut pas oublier que ces possibilités de recherche sont nouvelles et très récentes, et n’exploitent pas encore toutes les possibilités du numérique et d’Internet. Un catalogue de références sur un support papier, physique, connaît au final dans sa structure et l’organisation de ses parties des limites similaires au rangement matériel des ouvrages référencés.</p>
<p>A quoi sert donc un code de classification ? Le code, ou plutôt la cote attribuée aux ouvrages, peut être envisagé comme un nouveau titre de chacun de ces ouvrages. Ainsi, il offre une possibilité de classement différente d’un simple classement par ordre alphabétique en fonction du titre ou du nom de l’auteur. Il permet de lier et regrouper certains ouvrages, de constituer des ensembles. Les racines des cotes constituent une sorte de dénominateur commun entre les ouvrages d’un même ensemble. Cette racine est alors comme le titre du rayon ou de l’armoire où sont rangés physiquement ces ouvrages. Le code est fondamental pour pouvoir évoluer dans la bibliothèque en tant que bâtiment physique, et trouver l’ouvrage recherché. Pour l’utilisateur, le chercheur, le code doit essentiellement être lisible et facile à mémoriser. Pour le classificateur, le code doit être facile à créer, à combiner, et à attribuer à un ouvrage. Afin de remplir ces objectifs des deux points de vue de l’utilisateur et du classificateur, le code doit être le plus compréhensible possible, ou pour le dire ainsi : « intuitif ». Pour qui connaît le Dewey par cœur, une cote telle que « 160 HOUD » peut avoir un sens, et donc être mémorisée plus facilement entre le moment où la cote est délivrée par le catalogue et le moment où l’ouvrage est enfin saisi dans le rayonnage dédié. De même pour la formation et l’attribution de cette cote à l’ouvrage en question. La difficulté &#8211; cependant relative &#8211; du Dewey est compensée par l’immensité du champ que ce code &#8211; précisément de par sa complexité &#8211; peut couvrir. En théorie, le Dewey permet de classer tout le savoir du monde.</p>
<div id="attachment_136" class="wp-caption aligncenter" style="width: 322px"><img class="size-full wp-image-136" title="abcmr_modules_2_detail" src="http://parallaxe.catallaxia.net/wp-content/uploads/2008/12/abcmr_modules_2_detail.jpg" alt="Abcmr, Modules 2, Détail, travail préparatoire au feutre, 1998" width="312" height="300" /><p class="wp-caption-text">Abcmr, Modules 2, Détail, travail préparatoire au feutre, 1998</p></div>
<p>Comme nous l’avons dit, le projet du Nouveau Jardin n&#8217;est pas de développer une bibliothèque universelle. Il s&#8217;agira d&#8217;une bibliothèque thématique, rassemblant essentiellement des ouvrages de sciences humaines et sciences sociales. Le code couvrira donc un nombre de domaines relativement limité, et ne sera pas confronté aux problèmes des codes visant à classer la totalité du savoir humain. C’est ce qui permet de travailler à son aspect « intuitif », en se recentrant sur quelques modèles simples d’assemblages de chiffres et de lettres, sans ajouter davantage de caractères tels que des signes de ponctuation, des slashs ou des points, ou encore des lettres d’alphabets autres que l’alphabet latin, voire aller jusqu’à jouer sur les différences entre lettres majuscules et minuscules… Comme nous l’avons déjà suggéré, le lettrage peut être utilisé en fonction des courants représentés dans les collections d’ouvrages. Par exemple, le code de tous les ouvrages sur le libéralisme peut partir de la racine « LIB » ; sur le socialisme, « SOC » ; sur le communisme, « COM » ou « COMM » ; etc. C’est ce que nous considérons comme un code intuitif. Voici en guise d’exemple les bribes imaginaires d’un code encore inexistant :</p>
<p>LIB : ouvrages traitant du libéralisme ;</p>
<p style="text-indent: 35.4pt;">LIB 001 POL : ouvrages traitant du libéralisme principalement sous son angle politique ;</p>
<p style="text-indent: 35.4pt;">LIB 011 POL : ouvrages de doctrine libérale ;</p>
<p style="text-indent: 35.4pt;">LIB 021 POL : ouvrages de personnalités politiques libérales ;</p>
<p style="text-indent: 35.4pt;">LIB 031 POL : ouvrages formulant explicitement des mesures libérales à prendre dans un certain contexte politique ;</p>
<p>…</p>
<p>LIB 001 ECO : ouvrages d’économie dans une perspective libérale ;</p>
<p style="text-indent: 35.4pt;">LIB 011 ECO : ouvrages d’économistes reconnus ou considérés comme libéraux ;</p>
<p style="margin-left: 35.4pt; text-indent: 35.4pt;">LIB 111 ECO : ouvrages d’économistes reconnus comme libéraux revendiquant explicitement une forme de libéralisme ;</p>
<p>…</p>
<p style="text-indent: 35.4pt;">LIB 006 ECO : ouvrages critiques de l’économie des systèmes non libéraux ;</p>
<p>…</p>
<p>A cet ensemble de 3&#215;3 caractères sont ajoutées les initiales de l’auteur (« FH » pour Friedrich Hayek, « COL » pour Collectif…). Ainsi nous pouvons combiner les codes suivants, explicités intuitivement de la manière suivante :</p>
<p>LIB 011 POL PS : <a href="http://catallaxia.net/Pascal Salin, Libéralisme"><em>Libéralisme</em></a> de Pascal Salin, ouvrage de doctrine libérale englobant tous les champs &#8211; politique, économique, social… -, donné comme référence incontournable de ce que pourrait être un « <em>corpus</em> libéral ».</p>
<p class="MsoNormal">LIB 005 PHIL FV : <a href="http://www.amazon.fr/fondements-philosophiques-du-libéralisme/dp/2707135208/catallaxianet-21"><em>Les fondements philosophiques du libéralisme</em></a> de Francisco Vergara, ouvrage abordant le libéralisme du point de vue des idées et des principes, et introduisant une rupture entre un libéralisme « classique », « authentique », et un « néo-libéralisme » &#8211; le terme de néo-libéralisme portant en lui-même une forme de critique, une charge péjorative.</p>
<p class="MsoNormal">Pour une meilleure lecture de ces codes lorsqu’ils paraissent sur une ligne, les espaces peuvent peut-être se voir remplacer par des points. Nous obtenons donc : LIB.011.POL.PS et LIB.005.PHIL.FV. Sur la tranche du livre, les ensembles de caractères (par deux, trois ou quatre) sont empilés en lignes successives.</p>
<div id="attachment_137" class="wp-caption aligncenter" style="width: 310px"><img class="size-full wp-image-137" title="abcmr_modules_2" src="http://parallaxe.catallaxia.net/wp-content/uploads/2008/12/abcmr_modules_2.jpg" alt="Abcmr, Modules 2, travail préparatoire au feutre, 1998" width="300" height="353" /><p class="wp-caption-text">Abcmr, Modules 2, travail préparatoire au feutre, 1998</p></div>
<p>A ce code peut être adjoint un système de couleur : vert pour les écolos, rouge pour les communistes, etc… Là aussi les couleurs seraient <em>a priori</em> utilisées selon leur usage en politique. Dans la bibliothèque où je travaille, les couleurs correspondent à des salles. La marguerite jaune renvoie les livres à la salle des sciences humaines, la verte à celle des sciences sociales, la rose à la salle littérature, la violette à la salle des études juridiques, etc. Le point à noter ici est que la bibliothèque, en tant que bâtiment, organise le classement des livres en fonction des <em>salles</em> qui la découpent. Le Nouveau Jardin veut offrir une toute autre approche. L’idée est d’organiser le découpage non en salles mais en <em>salons</em>. La nuance n’est pas évidente. De prime abord, le « salon » semble n’être lui aussi qu’une « salle ». Si l’on s’en tient à ces définitions communes, on pourrait même suggérer que rien ne nous empêche d’« aménager » une salle en salon. Ce n’est évidemment pas le propos. Par « salon », il faut entendre jusqu’aux modalités d’accueils et d’expressions des débats qui animaient le XVIIIe siècle. Un salon naît de par l’impulsion de ses membres, il existe à travers eux. Il est dépendant de personnalités ou de personnes possiblement identifiables. Il se construit autour d’un thème, d’une question, pouvant couvrir plusieurs disciplines mais révélant par delà les différences &#8211; voire l’éloignement &#8211; de ces disciplines une cohérence dans l’approche du problème posé.</p>
<p>Ainsi l’organisation d’une bibliothèque en salons ne fige pas les ouvrages dans des classes (à la fois classes du code et salles de rangement) isolées. Des ouvrages n’ayant <em>a priori</em> rien en commun &#8211; sur la base d’une stricte lecture du code Dewey qui peut leur être attribué &#8211; se trouvent réunis en un même salon, pour répondre aux besoins de l’étude d’une certaine question ou d’un certain thème. Le découpage est totalement redéfini, ou plutôt indéfini, infini même, évoluant, se modulant, invitant aux superpositions, connexions, transvasement entre un salon et d’autres, en fonction des demandes des chercheurs, de leurs idées, de leurs projets, de leurs rencontres, de leur élan, de leur motivation, de leur intérêt ou curiosité. A titre d’exemple, nous pourrions donner forme à un salon sur le libéralisme, sorte de cercle d’études libérales &#8211; pourquoi pas baptisé « salon Bastiat » en référence au célèbre député landais -, dont le premier but serait de rassembler, de constituer un <em>corpus</em> doctrinal. Il pourrait se développer, invitant dans la continuité à consulter des œuvres critiques du libéralisme ou anti-libérales ; puis, plus loin encore, à étudier les doctrines que l’on oppose au libéralisme &#8211; sans pour autant que ces doctrines se pensent elles-mêmes explicitement en opposition au libéralisme. En parallèle, un salon « Karl Marx » pourrait voir le jour. Il s’agirait d’un salon rassemblant la littérature et les études sur le communisme, la révolution russe, le régime soviétique, etc. Certains ensembles d’ouvrages chevaucheraient donc les deux salons, ouvrages qui devraient alors se trouver physiquement, en plusieurs exemplaires distincts, dans l’un et l’autre. Un salon « Transhumanisme » révélerait un caractère pluridisciplinaire particulièrement prononcé, invitant à étudier les notions de nature, de technique et d’humanité, en parallèle aux moyens d’une veille médiatique sur les avancées techniques et scientifiques, liée au suivi du débat bioéthique et à l’évolution du biodroit, etc.</p>
<div id="attachment_138" class="wp-caption aligncenter" style="width: 260px"><img class="size-full wp-image-138" title="abcmr_modules_3_detail" src="http://parallaxe.catallaxia.net/wp-content/uploads/2008/12/abcmr_modules_3_detail.jpg" alt="Abcmr, Modules 3, Détail, travail préparatoire au feutre, 1998" width="250" height="242" /><p class="wp-caption-text">Abcmr, Modules 3, Détail, travail préparatoire au feutre, 1998</p></div>
<p>Le système de couleurs ne pourrait alors se limiter à désigner une seule salle déterminée. Au contraire, il permettrait justement de structurer le salon, qui rassemblerait plusieurs ouvrages de couleurs différentes. La gamme des couleurs pourrait être définie en fonction de l’organisation des premiers salons qui verront le jour. Le salon « Bastiat » réunirait des ouvrages marqués d’un liseré bleu ciel, indiquant leur ton libéral classique/modéré ; des lisérés bleu foncé induiraient un durcissement ou renforcement du libéralisme défendu dans les ouvrages ainsi colorés : on tendrait vers un certain libertarianisme, minarchisme ou anarcho-capitalisme ; des lisérés rosés indiqueraient à l’inverse une tendance « socialisante ». Dans le salon « Karl Marx », on trouverait aussi du rose, mais surtout du rouge, du noir… Dans le salon « H+ » (expression servant à désigner le transhumanisme, établie par ceux qui s’en réclament), le vert caractériserait les ouvrages sur la nature, le jaune sur la réflexion bioéthique, l’orange sur les textes juridiques de bioéthique… Les deux dernières couleurs proposées, le jaune et l’orange, étant cependant choisies faute de mieux.</p>
<p>Nous percevons alors comment nous pourrions mieux faire coïncider les possibilités virtuelles du code et l’organisation matérielle d’une bibliothèque. En restructurant cette dernière en <em>salons</em>, elle apparaît presque comme une traduction concrète des nouveaux systèmes de recherche numérique collaboratifs par mots-clefs. Mais cette restructuration matérielle implique une refonte du code, qui doit favoriser par sa structure même la possibilité d’une telle organisation. Les bribes de code inventées au fil de ce billet et du <a href="http://parallaxe.catallaxia.net/edition-numerique/au-dela-du-dewey/">précédent</a> ne sont que des exemples, largement à revoir et à discuter. Lorsque nous aurons les bases d’un système de code bien ficelé, apparaitra également de façon plus nette à travers lui l’idée du développement modulaire d’un nouveau genre de bibliothèque, au cœur du projet de centre culturel du Nouveau Jardin.</p>
<div id="attachment_139" class="wp-caption aligncenter" style="width: 310px"><img class="size-full wp-image-139" title="abcmr_modules_3" src="http://parallaxe.catallaxia.net/wp-content/uploads/2008/12/abcmr_modules_3.jpg" alt="Abcmr, Modules 3, travail préparatoire au feutre, 1998" width="300" height="360" /><p class="wp-caption-text">Abcmr, Modules 3, travail préparatoire au feutre, 1998</p></div>
<p>En espérant vos réactions, commentaires, remarques, critiques et conseils nombreux et variés, pour travailler à l’élaboration de ce nouveau code pour une nouvelle bibliothèque,</p>
<p>Valentin</p>
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		<item>
		<title>Au-delà du Dewey, élaboration d&#8217;un code intuitif pour une bibliothèque thématique en sciences humaines</title>
		<link>http://parallaxe.catallaxia.net/edition-numerique/au-dela-du-dewey/</link>
		<comments>http://parallaxe.catallaxia.net/edition-numerique/au-dela-du-dewey/#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 09 Dec 2008 15:12:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Valentin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La classification Dewey pas plus que la Classification Décimale Universelle ou la Classification de la Bibliothèque du Congrès n'offrent de principes de classements logiques mais relèvent d'une convention rendue encore moins intuitive par l'utilisation de chiffres ou lettres arbitraires qui n'indiquent rien du contenu qu'ils distinguent des autres. Après avoir abordé les imperfections de ces classifications, le billet entame propose l'élaboration d'une classification propre aux sciences humaines, qui pourrait être appliquée pour classer les livres du Nouveau Jardin.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Auteur</strong> : Valentin Becmeur, <a href="mailto:valentinbecmeur@gmail.com">valentinbecmeur@gmail.com</a><br />
<strong>Statut</strong> : proposition ; <strong>vers.</strong> : 1</p>
<p>Le Nouveau Jardin est une association dont l’ambition est de développer un centre culturel sur le modèle des écoles philosophiques de la Grèce antique (s’inspirant plus particulièrement du <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Jardin_d%27%C3%89picure">Jardin d’Epicure</a>). Le centre s’organise autour d’une bibliothèque au fonctionnement novateur. De prochains billets seront consacrés à une présentation plus détaillée de ce projet. Ce qui nous intéresse ici est l’un des aspects fondamentaux de cette bibliothèque : le code nécessaire à l’indexation des œuvres.</p>
<p>La bibliothèque du Nouveau Jardin est initialement constituée de la mise en commun de livres de particuliers (prêteurs ou donateurs). Les ouvrages ne sont pas stockés à une même adresse, mais conservés dans un premier temps chez chacun de ces particuliers. Ils sont réunis à travers un index commun, consultable via un site internet dédié. La question qui se pose d’emblée est donc de savoir :<br />
- comment classer ces ouvrages ;<br />
- quel code élaborer pour ce classement.</p>
<div id="attachment_104" class="wp-caption alignright" style="width: 222px"><img class="size-full wp-image-104" src="http://parallaxe.catallaxia.net/wp-content/uploads/2008/12/abcmr_enchevetrement.jpg" alt="Abcmr, Enchevêtrement, Impression numérique, 2008" width="212" height="206" /><p class="wp-caption-text">Abcmr, Enchevêtrement, 2008</p></div>
<h2><em>Code formel vs code informel</em></h2>
<p>Dans un billet précédent, <a href="http://catallaxia.net/Utilisateur:%28=S=%29">(=S=)</a> invite à réfléchir à la <a href="../edition-numerique/presentation-des-pages-bibliographiques-pour-les-evenements/">présentation des pages bibliographiques pour des évènements</a>. Se pose la question de la différenciation des références par des étiquettes de couleurs : faudrait-il choisir les couleurs en fonction du corps doctrinal auquel renvoie chaque référence (par exemple, choisir un rose pour souligner le caractère socialiste des modèles défendus par les théoriciens de la possibilité du calcul économique en régime socialiste, et contraster avec un blanc sans signification particulière…) ? Notre problème est similaire, étant pour notre part confrontés à une alternative code formel/code intuitif. Un paradoxe envisageable est que le code « intuitif » n&#8217;a rien d&#8217;universel, mais est au contraire composé sur une base de références autrement plus arbitraire que le code que l&#8217;on voudrait strictement formel. Il s’agit en effet de s’assurer d’une culture commune à travers laquelle chaque codage évoquerait bien une même référence. C’est cette « évocation » qui détermine la dimension intuitive du système. Pour reprendre l’exemple des couleurs, leur langage en politique doit bien déjà être connu pour que leur utilisation ait un sens.</p>
<h2><em>Les limites de la classification Dewey</em></h2>
<p>Etant employé en tant que moniteur dans la principale bibliothèque universitaire du campus grenoblois &#8211; où j&#8217;étudie par ailleurs -, je patauge quotidiennement dans les grandes marées visqueuses du <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Classification_d%C3%A9cimale_de_Dewey"><em><span style="#000000;">DEWEY</span></em></a>. Le code Dewey, ou code de Classification Décimale de Dewey (CDD), est le plus utilisé en matière de classement de livres. Il découpe l’ensemble des ouvrages en dix grandes classes, elles-mêmes divisées et subdivisées en dix parties et sous-parties. Le chiffre des centaines désigne un champ général, le chiffre des dizaines un thème de ce champ, le chiffre des unités un aspect du thème. Par exemple, « 500 » désigne les sciences, « 510 » les mathématiques, « 514 » la topologie. Des chiffres peuvent être ajoutés après un slash ou un point pour préciser le genre ou l’objet d’étude de l’ouvrage. « 514.74 » correspond à l’analyse globale, « 514.742 » aux fractales. Cependant ce code n’est pas exactement un langage. Il permet d&#8217;identifier un ouvrage, mais ne délivre aucune information sur cet ouvrage. Si vous lisez « 301.01 BOU », vous ne pouvez <em>a priori</em> rien dire sur l&#8217;ouvrage identifié par ce code &#8211; à moins que vous ne connaissiez le Dewey sur le bout des doigts (le 3 en centaine indique les ouvrages de sciences sociales, 301.01 BOU désigne un bouquin de Bourdieu). Un code « intuitif » doit pouvoir, par sa seule lecture, indiquer plus précisément à quel ouvrage il renvoie.</p>
<p style="text-align: center;">
<div id="attachment_107" class="wp-caption aligncenter" style="width: 369px"><img class="size-full wp-image-107" src="http://parallaxe.catallaxia.net/wp-content/uploads/2008/12/la_caverne_aux_livres.jpg" alt="Gald, La caverne aux livres, 2007" width="359" height="179" /><p class="wp-caption-text">Gald, La caverne aux livres, 2007</p></div>
<p>Le code Dewey est plus ou moins utile pour le classificateur. Il a surtout son intérêt dans la perspective de constitution d&#8217;une bibliothèque universelle. Mais il est un cauchemar pour le chercheur :</p>
<ol type="1">
<li class="MsoNormal">Les disciplines se succèdent      n&#8217;importe comment, sans véritable logique. Certaines sont associées à      d’autres pour former des classes communes peu évidentes. Aux langues (400)      suivent les sciences (500) ; sont regroupés philosophie, paranormal      et psychologie (100) ; ou encore arts, sports et loisirs (700),      suivis de la littérature (800).</li>
<li class="MsoNormal">Des disciplines importantes      lors de la constitution de ce code se sont vues attribuer un chiffre des      centaines ou des dizaines, les faisant donc apparaitre au premier ou deuxième      niveau de la classification (200 pour les religions, 130 pour le      paranormal), or cette place ne correspond plus vraiment à celles qu’elles      occupent désormais dans le champ général de la connaissance.</li>
<li class="MsoNormal">A l’inverse, d&#8217;autres disciplines      qui ne n’étaient pas importantes à l&#8217;époque sont toujours cantonnées au      deuxième ou troisième niveau, alors qu&#8217;il faudrait les élever &#8211; et par là      agrandir le champ qu’elles couvrent &#8211; eut égard aux développements      qu’elles ont depuis connus (par exemple la psychologie, limitée à un petit      150). Notons, à propos de la classe des religions susmentionnée, que le      christianisme y est surreprésenté, occupant quasiment tous les indices des      dizaines, et « écrasant » la place restante pour les autres      religions, qui se trouvent alors toutes ramassées dans la dernière dizaine      (290 pour « Autres religions »).</li>
<li class="MsoNormal">Les disciplines sont      figées, et les approches pluri- ou transdisciplinaires sont difficiles      voire impossibles à signifier, donc à classer. Par exemple, où ranger un ouvrage      de sociolinguistique ? En langue (400) ou en sciences sociales      (300) ? Même difficulté pour certains ouvrages traitant, par exemple,      de bioéthique &#8211; cette approche couvrant plusieurs champs comme le droit,      la philosophie, l’anthropologie, l’éthique, la technique et la biologie.</li>
<li class="MsoNormal">les codes peuvent s&#8217;étendre      de façon incroyable, jusqu&#8217;à devenir parfaitement illisibles, impossibles      à mémoriser, et demeurent tous tout autant incompréhensibles au chercheur.      Les lettres associées aux chiffres composent parfois, de façon aléatoire,      des expressions curieuses : « 87/1 SALL con » pour <em>La Conjuration de Catilina</em> de Salluste,      « 658.5 BITE » pour <em>La maîtrise      des flux industriels</em> de Raymond Biteau, « 447.01 GODE » pour      le fameux <em>Lexique de l’ancien      français</em> ; « 84/9 DELAv euc » pour l’<em>Eucharis</em> de Philippe Delaveau &#8211; ce      dernier exemple ne visant qu’à illustrer la complexité des codes, où l’on      se perd entre slash, minuscules et majuscules…</li>
</ol>
<h2><em>Les autres systèmes de classification</em></h2>
<p class="MsoNormal">
<div id="attachment_109" class="wp-caption alignright" style="width: 280px"><img class="size-full wp-image-109" src="http://parallaxe.catallaxia.net/wp-content/uploads/2008/12/gald_caverne_aux_livres.jpg" alt="Gald, La caverne aux livres, 2007" width="270" height="178" /><p class="wp-caption-text">Gald, La caverne aux livres (2), 2007</p></div>
<p class="MsoNormal">Le code de Classification Décimale de Dewey (CDD) est le code le plus utilisé dans le monde, mais il n’est bien évidemment pas le seul. Il nous faut mentionner ici, parmi quelques autres grands codes, le code de la <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Classification_d%C3%A9cimale_universelle">Classification Décimale Universelle</a> (CDU) ainsi que le code de Classification de la Bibliothèque du Congrès (LCC pour<em> <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Classification_de_la_Biblioth%C3%A8que_du_Congr%C3%A8s">Library of Congress Classification</a></em>). La CDU a été élaborée à partir de la CDD. Les deux sont similaires, de par leur organisation en dix grandes classes, et ne révèlent finalement aucune différence à l’usage. La LCC est plus intéressante par rapport à la CDD, car, également organisée en classes, ces dernières sont désignées par des lettres. Nous ne sommes donc plus limités aux dix classes d’un système décimal, nous pouvons en théorie nous étendre jusqu’à 26 classes &#8211; en réalité, certaines lettres ne sont pas utilisées, ramenant le nombre de classes à 21.</p>
<p class="MsoNormal">Cependant, le système de classification de la bibliothèque du Congrès ne résout aucun des problèmes de la CDD, et les fait peut-être même apparaître encore plus nettement. Les disciplines se succèdent différemment que dans la CDD, mais de façon tout aussi illogique &#8211; les sciences de l’éducation précédent la musicologie, suivent le Droit. Malgré le nombre d’indices possibles en fonction des lettres, certaines disciplines continuent d’être regroupées sans véritable pertinence, comme la philosophie, la psychologie et la religion (se retrouvant toutes les trois rangées sous la lettre B) ou encore la géographie, l’anthropologie et les loisirs (G). Deux catégories sont spécialement dédiées à l’Histoire de l’Amérique (E et F), ce qui rend le code peu utilisable en d’autres endroits du monde. Surtout, les lettres n’ont aucun lien avec les disciplines concernées. Outre quelques coïncidences fortuites, comme le G pour Géographie/<em>Geography</em>, le M pour Musique/<em>Music</em> et le T pour Technologie/<em>Technology</em>, aucune lettre ne correspond avec la première du nom de la discipline qu’elle désigne. Il aurait été intuitif de ranger Histoire sous le H, Psychologie et Philosophie (et même Paranormal, tant qu’on y est, comme dans la classe 100 du Dewey) sous le P, Droit sous le D &#8211; ou plutôt <em>Law</em> sous le L -, Science sous le S, E : Education, A : Arts, M : <em>Medicine</em>, L : <em>Language and Litterature</em>, pour reprendre quelques unes des classes principales de la LCC. Au lieu de cela, il faut associer la Philosophie au B, les Beaux Arts au N, le H aux Sciences sociales, le R à la Médecine, le S à l’Agriculture, le Droit au K, etc. C’est un véritable méli-mélo, source de confusion, prévenant toute tentative de mémorisation rapide. Les chiffres qui suivent chaque assemblage de lettres rendent le code plus absurde encore.</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: center;">
<div id="attachment_106" class="wp-caption alignright" style="width: 181px"><img class="size-full wp-image-106" src="http://parallaxe.catallaxia.net/wp-content/uploads/2008/12/gadl_la_caverne_aux_livres.jpg" alt="Gald, La caverne aux livres, Oblique mercator &quot;projection&quot;, 2007" width="171" height="254" /><p class="wp-caption-text">Gald, La caverne aux livres (3), 2007</p></div>
<p class="MsoNormal">Tous ces grands codes trouvent en fait une même limite dans leur prétention à classer le savoir humain dans sa totalité. De par l’immensité des champs qu’ils doivent couvrir, et la complexité des liens entre chacun de ces champs, la mission se révèle particulièrement délicate. En posant un nombre limité d’indices de premier niveau (les 26 lettres de l’alphabet ou les dix chiffres de notre système numéraire), les champs voient leur accroissement déterminé les uns par rapport aux autres, à tous les niveaux de la classification &#8211; comme nous l’avons déjà fait remarquer, l’amplitude du champ « christianisme » dans la classe principale « Religions » se fait au détriment de la représentation de tous les autres cultes et confessions. Lorsqu’un champ est trop « à l’étroit », les codes désignant les ouvrages s’y rattachant se complexifient en de longues ramifications, ajoutant toujours plus de sortes de caractères (lettres, signes de ponctuation), et par là relèguent ces ouvrages à des niveaux de division et subdivision toujours moins visibles et moins évidents.</p>
<h2><em>Un code pour une bibliothèque thématique</em></h2>
<p>Le projet du Nouveau Jardin n&#8217;est pas de développer une bibliothèque universelle. Il s&#8217;agira essentiellement d&#8217;une bibliothèque thématique, rassemblant des ouvrages de sciences humaines, sciences sociales, économie, philosophie, politique… Le code doit donc couvrir ces domaines, sans forcément s&#8217;ouvrir à tous les autres envisageables. En ne cherchant pas à ranger l’ensemble du savoir humain en une dizaine de classes, mais en nous recentrant sur l’une ou quelques unes d’elles, les codes désignant ces dernières peuvent se composer à partir de tous les chiffres. Il est ainsi possible d’élaborer quelques modèles simples d’assemblages de chiffres et de lettres, et limiter leur extension et complexification en évitant d’aligner toujours plus de chiffres après des slashs ou des points. Inutile également de jouer sur les différences entre les lettres majuscules et minuscules.</p>
<p>Par ailleurs, il ne s’agit donc plus de distinguer des « classes », mais, évoluant au travers d’une seule classe &#8211; ou d’un ensemble de classes très proches -, de constituer les ouvrages s’y rattachant en plusieurs groupes. Plutôt que de rassembler les ouvrages par rapport à un thème ou à une question posée, puisque cette question ou ce thème peuvent s’affirmer centraux pour la désignation même d’une classe, nous pouvons préférer une identification des ouvrages quant à la leur façon de traiter cette question ou ce thème. Ainsi, les ouvrages seraient rassemblés en fonction de la méthode qu’ils suivent ou de la doctrine qu’ils affirment. En utilisant des lettres pour désigner chaque groupe ou ensemble, ce code se révèlerait autrement plus intuitif.</p>
<div id="attachment_105" class="wp-caption alignright" style="width: 201px"><img class="size-full wp-image-105" src="http://parallaxe.catallaxia.net/wp-content/uploads/2008/12/abcmr_trame.jpg" alt="Abcmr, Trame, acrylique, 1990" width="191" height="192" /><p class="wp-caption-text">Abcmr, Trame, acrylique, 1990</p></div>
<p>L’utilisation des lettres semble pertinente pour désigner intuitivement un groupe ou un ensemble. Par exemple, le code de tous les ouvrages sur le libéralisme peut partir de la racine « LIB » ; sur le socialisme, « SOC » ; etc. Le lettrage s&#8217;utilise en fonction des courants représentés dans les collections. Voilà ce que nous pouvons considérer comme un code « intuitif ». Le code commence sur une indication lettrée de trois ou quatre caractères, et se voit prolongé de trois à quatre chiffres maximum. La suite chiffrée doit être élaborée dans le même esprit. Le 1 pourrait désigner les ouvrages fondamentaux du genre, ou les classiques incontournables. Bref, les ouvrages « à lire en premier ». A partir de la moitié, du 6, figureraient les ouvrages abordant directement le thème, mais d’un point de vue plus critique. Plus on s’éloigne du 1, plus on s’éloigne du corpus doctrinal propre au courant désigné par la racine. Le 9 annonce un retournement complet.</p>
<p>Voici quelques premiers éléments, pour commencer à réfléchir au code qui nous servira à indexer les œuvres que le Nouveau Jardin collectera. Ce ne sont là non directement des propositions, mais des exemples permettant de présenter le problème et une façon de le traiter. L’élaboration de ce code représente une étape essentielle dans la réalisation de notre projet. Vous pouvez participer à ce travail en répondant à ce message sur ce blog ; vous pouvez également contribuer via <a href="http://groups.google.fr/group/nouveau-jardin">la liste de diffusion du Nouveau Jardin</a>.</p>
<p>Dans l&#8217;espoir d’une réaction enthousiaste à ce message et d&#8217;une participation active à ce premier travail,</p>
<p>Valentin</p>
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